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Souveraineté industrielle : pourquoi tout se joue dans les territoires ?
La souveraineté industrielle est souvent pensée à l’échelle nationale, à travers des stratégies, des plans d’investissement et des dispositifs de soutien. Pourtant, l’industrie ne se décrète pas depuis les centres de décision. Elle se construit, concrètement, dans les territoires.
Foncier, énergie, compétences, infrastructures : c’est à l’échelle régionale que se joue, aujourd’hui, la capacité à relocaliser et à pérenniser l’activité industrielle.
« La bataille de la réindustrialisation n'est pas gagnée, elle vient même à peine d'être engagée. Mais n’en oublions pas la finalité : on ne réindustrialise pas pour réindustrialiser. Derrière cette réindustrialisation, il y a la question de répartition géographique de cette richesse : l'industrie s'installe à 70% dans les territoires, c'est donc un moyen de cohésion territoriale de répartition de richesse. On l'a vu très clairement par la contraposée, la désindustrialisation qui a touché de plein fouet des territoires qui ont été paupérisés économiquement, puis socialement, qui ont décroché politiquement. La 2e finalité d’une réindustrialisation, c’est la souveraineté. On en a tous été témoins pendant la crise du covid et celle de l'Ukraine. Quand vous dépendez à 80% des fournitures de molécules actives de l'Inde ou de la Chine, dès qu'il y a des tensions sur l'approvisionnement, votre souveraineté sanitaire est remise en cause. Et quand on n'a pas de souveraineté, on n'a pas la maîtrise de son destin. La troisième finalité, c'est la réduction de notre empreinte environnementale, sachant que 50% de notre empreinte carbone est importée. Nous n'aurons une économie circulaire qu'en réinventant des produits, par la remise en route d'un génie industriel. Voilà pourquoi je reste très motivé par ces enjeux », expliquait en 2024 Olivier Lluansi dans une interview de Localtis.
Les écosystèmes en premier lieu
La réindustrialisation efficace ne repose pas sur des implantations isolées ! Une usine, en effet, ne s’implante pas dans un vide abstrait. Elle s’inscrit dans un écosystème local fait de sous-traitants, de centres de formation, de réseaux énergétiques, de compétences disponibles et de savoir-faire accumulés. Lorsque ces éléments font défaut, les stratégies industrielles les plus ambitieuses restent théoriques.
Les territoires industriels historiques bénéficient encore de cet héritage. D’autres cherchent à le reconstruire, en misant sur l’innovation, le numérique et la transition énergétique pour redevenir attractifs. « Tous les territoires ne peuvent ni ne doivent accueillir les mêmes activités industrielles », préviennent les spécialistes. La souveraineté passe par une spécialisation intelligente, fondée sur les atouts locaux : compétences existantes, traditions industrielles, ressources disponibles, accès aux marchés. Cette différenciation territoriale est une condition de réussite.
Articuler stratégie nationale et dynamiques locales
La souveraineté industrielle exige une cohérence entre vision nationale et mise en œuvre territoriale. L’État fixe les priorités stratégiques, mais les régions et les collectivités sont en première ligne pour créer les conditions concrètes de l’industrialisation. C’est dans cette articulation que se joue l’efficacité des politiques industrielles. Sans territoires prêts, outillés et engagés, la souveraineté industrielle restera un objectif affiché plutôt qu’une réalité productive.
Un exemple avec l’Indre… La Cité du Numérique de Châteauroux a accueilli, en décembre dernier, les acteurs économiques et institutionnels de l’Indre pour présenter "Indre 2030", une stratégie départementale pensée et portée par l’État, le Département, les communes et les acteurs socio-économiques avec le soutien de la Région Centre-Val de Loire. L’objectif ? Lancer des projets structurants pour dynamiser l’économie, améliorer les services et renforcer l’attractivité du territoire. Le cabinet Asterès, missionné par la Préfecture et le Département, a conçu une étude proposant des solutions concrètes pour inverser la tendance démographique et économique négative du département.
« Aujourd’hui, avec Indre 2030, nous écrivons une nouvelle page pour notre territoire. Face au déclin démographique et aux défis économiques, nous avons choisi l’action plutôt que la résignation. Avec cette étude, nous avons pu identifier nos forces : un foncier compétitif, une industrie forte dans certains domaines comme l'aéronautique. Je suis convaincu que l’Indre peut devenir un modèle de réindustrialisation et d’innovation. Les dizaines de milliers d'emplois potentiels, la flotte de véhicules autonomes ou encore l’utilisation de l'IA dans la santé ne sont pas des rêves, mais des projets concrets pour redonner de l'espoir à nos habitants et un nouveau souffle pour notre département. Ensemble, avec l’État, les communes et les acteurs économiques, nous allons faire de l’Indre un territoire d’avenir », a confié Marc Fleuret, Président du Département de l'Indre.
Cet exemple de réflexion n’est plus isolé !
En conclusion
La réindustrialisation efficace ne repose pas sur des implantations isolées, mais sur des écosystèmes industriels cohérents. Clusters, pôles de compétitivité, plateformes technologiques mutualisées : ces structures favorisent l’innovation, la coopération et la montée en gamme.