- Accueil
- Nos actualités
- « Aujourd'hui, diriger, c'est avant tout savoir piloter des équilibres instables, et ce, peu importe le genre » - Interview Aïda Simal
« Aujourd'hui, diriger, c'est avant tout savoir piloter des équilibres instables, et ce, peu importe le genre » - Interview Aïda Simal
Avec 23 ans d’expérience, Aïda Simal est directrice générale adjointe chez Savoie PAN & Alpin Pellet, et pose un regard et une analyse sur les actions concrètes qui pourraient être menées. Explications.
Qu'est-ce qui vous a amenée à intégrer l'industrie ?
Mon entrée dans l'industrie n'était pas le fruit d'un projet théorique, mais plutôt une conséquence des responsabilités que j'ai dû assumer. Je suis arrivée dans une structure industrielle un peu par hasard. Très rapidement, j'ai été confrontée à des situations concrètes où il fallait prendre des décisions dans des environnements très contraints, avec des impacts significatifs. C'est cette réalité opérationnelle qui m'a véritablement ancrée dans ce secteur de manière durable.
Comment définiriez-vous votre rôle au sein de la performance globale de votre entreprise ?
Mon rôle est de structurer une performance qui soit pérenne. Dans l'industrie, la performance ne se mesure pas uniquement aux résultats économiques. Elle repose surtout sur la capacité à arbitrer entre des contraintes humaines, techniques et réglementaires, souvent dans un contexte d'incertitude.
Avez-vous le sentiment que les femmes rencontrent davantage de difficultés que les hommes pour accéder à des postes de direction dans l'industrie ?
Malheureusement, oui ! C'est une réalité qui persiste… Cela ne se traduit pas toujours par des obstacles visibles, mais plutôt par une attente implicite de légitimité supplémentaire, comme si on exigeait toujours quelque chose de plus ou de différent d'une femme. Au final, ce sont la pertinence des décisions prises et leur solidité dans le temps qui établissent la crédibilité.
Quels sont, selon vous, les principaux freins à l'évolution des femmes vers des fonctions de direction industrielle ?
Les freins sont, à mon sens, souvent culturels et organisationnels. Cela touche à la perception du leadership, à l'accès aux espaces de décision et à la manière dont la légitimité est reconnue. Ces mécanismes, parfois implicites, influencent les trajectoires professionnelles. Il y a aussi une part culturelle qui vient de nous-mêmes les femmes qui pouvons, nous imposer nos propres barrières.
Pensez-vous que les critères de leadership dans l'industrie restent encore largement associés à des modèles masculins ?
Oui, les modèles historiques ont été construits dans un contexte majoritairement masculin et ils continuent d'influencer les représentations. Cependant, la complexité actuelle des organisations industrielles transforme progressivement les attentes. Aujourd'hui, diriger, c'est avant tout savoir piloter des équilibres instables, et ce, peu importe le genre.
Quel rôle les parcours techniques, comme la qualité ou la production, peuvent-ils jouer dans l'accès des femmes aux postes de direction ?
Avec mes 23 ans d'expérience, je peux affirmer qu'un parcours technique apporte une légitimité incontestable dans l'industrie. Il permet de comprendre les contraintes du terrain et de prendre des décisions en pleine connaissance des enjeux opérationnels. La crédibilité se construit sur la durée et l'expérience concrète. Cependant, ce n'est pas la seule voie. Personnellement, je n'avais pas d'expérience technique en fabrication, et j'ai tout de même pu accéder à un poste de direction. Mais il est vrai qu'une base technique légitime d'emblée.
Quelles actions concrètes pourraient, selon vous, accélérer l'accès des femmes aux fonctions dirigeantes dans l'industrie ?
Il faudrait agir sur l'architecture même des organisations : identifier les talents plus tôt, sécuriser les prises de responsabilités et, surtout, rendre visibles les parcours de femmes déjà existants. Il y a beaucoup de femmes compétentes, mais elles manquent de visibilité. L'objectif n'est pas de créer des trajectoires exceptionnelles, mais de rendre plus naturels et visibles les parcours de femmes qui réussissent déjà dans l'industrie. Pour moi, la réussite industrielle ne repose pas que sur des postures, mais sur la capacité à assumer des décisions dans des contextes complexes, une exigence que femmes et hommes peuvent tout aussi bien incarner.