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« Ma première expérience dans l'industrie s'est révélée fantastique et m'a décidée à poursuivre dans cette voie » - Justine Duret
Justine Duret, ingénieur méthode industrialisation chez Framatome, fait partie de la délégation des ambassadrices du projet européen « Empowering M-Women in Industrie » qui participera à GI 2026. Elle répond en toute franchise à nos questions.
Qu'est-ce qui vous a amené à intégrer l'industrie ? Quel est votre parcours ?
Justine Duret : J'ai fait des études scientifiques, un DUT mesures physiques, qui couvrait divers domaines de la physique-chimie. Lors d'un stage obligatoire, j'ai eu le choix entre la recherche et l'industrie. Ma première expérience dans l'industrie s'est révélée fantastique et m'a décidée à poursuivre dans cette voie. Ce qui me fascine dans l'industrie, c'est ce côté un peu magique de fabriquer des objets utiles à tous au quotidien, même s'ils ne sont pas toujours visibles. C'est un monde à la fois méconnu et extrêmement utile.
Comment définiriez-vous votre rôle dans la performance globale de votre entreprise ?
Justine Duret : En tant qu'ingénieur méthode, mon rôle est de définir les gammes de fabrication des produits ou d'industrialiser de nouveaux produits. Je contribue à la performance de l'entreprise de deux manières. D'une part, en améliorant les gammes de fabrication des produits existants pour gagner en temps de production, ce qui réduit les coûts de revient. D'autre part, en développant des gammes pour de nouveaux produits. Une entreprise est performante lorsqu'elle réussit à conquérir de nouveaux marchés. Industrialiser de nouveaux produits s'inscrit dans cette démarche, en créant des processus qui répondent aux exigences de coût et de qualité du produit fini.
Selon vous, d'où vient l'idée selon laquelle les femmes seraient moins compétentes en technique et en sciences dans l'industrie ?
Justine Duret : Pour moi, cette idée est fausse. Je pense que son origine est plus culturelle et liée à l'éducation ou à l'environnement dans lequel on grandit. J'ai participé à un événement dans un collège pour présenter les métiers de l'industrie, et un professeur de mathématiques m'a expliqué que les jeunes filles avaient tendance à se mettre plus de barrières que les garçons. Elles partent du principe qu'elles ne sauront pas faire un exercice avant même d'avoir essayé. Cela vient donc vraiment de l'éducation et du milieu. J'ai du mal à adhérer à cette idée, et donc à la défendre.
Avez-vous déjà été confrontée, directement ou indirectement, au préjugé selon lequel la force physique serait un frein pour les femmes dans les métiers industriels ?
Justine Duret : Personnellement, non, car mon métier ne requiert pas de force physique. Cependant, ce préjugé reste un peu présent pour les métiers d'opérateur de fabrication dans les ateliers. Cela dit, dans mon entreprise, nous nous efforçons d'intégrer des femmes à des postes opérationnels. De plus en plus d'outils sont mis en place pour éliminer le besoin de force physique. Donc, pour répondre directement à la question, je n'ai pas été confrontée à ce préjugé.
Pensez-vous que certaines tâches industrielles sont encore perçues comme réservées aux femmes, notamment celles liées à la précision ou au soutien, et pourquoi ?
Justine Duret : Je pense que c'est un peu vrai. On voit par exemple beaucoup de femmes au contrôle qualité final ou au contrôle visuel. Je crois aussi que les femmes ont un avantage dans les métiers de soutien à la production. Nous sommes peut-être plus à l'écoute, ce qui nous aide à mieux comprendre les difficultés rencontrées en production ou à capter les idées des équipes. Nous avons peut-être une manière de faire passer les messages "en mettant plus les formes". Ce n'est pas que ces postes ne sont pas adaptés aux hommes, mais je pense qu'en tant que femme, nous avons un atout à ces postes-là.
Comment l'évolution des outils, des process et de l'automatisation transforme-t-elle la place des femmes dans les métiers opérationnels ?
Justine Duret : Comme je l'évoquais, l'automatisation et les nouveaux outils qui visent à réduire la pénibilité, comme le port de charges lourdes, se développent dans les ateliers. Tout cela favorise grandement l'intégration des femmes à des postes d'opératrices dans les unités de fabrication. Donc oui, cette évolution aide beaucoup.
Que révèle selon vous l'expérience de terrain sur la capacité réelle des femmes à occuper des postes opérationnels dans l'industrie ?
Justine Duret : Je pense que l'expérience de terrain est nécessaire pour tout le monde, femme ou homme. Il est primordial d'être à l'écoute des opérateurs dans les ateliers pour les aider au mieux et résoudre les problématiques, par exemple de qualité, directement là où elles se produisent. L'expérience terrain est donc essentielle, quel que soit le genre.