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« Je pense que le choix doit revenir aux femmes : à elles de décider si la tâche est trop difficile ou non » - Polina Bugrova
Polina Bugrova est responsable métier installation tuyauterie au sein de Technip Energies. Ravie de participer à GI 2026, elle distille plusieurs messages sur le rôle des femmes dans l’industrie.
Pourquoi avez-vous fait le choix de l’industrie ?
Je viens d’une famille d’ingénieurs sur trois générations ; l’industrie a toujours fait partie de notre quotidien. Enfant, j’entendais parler de chantiers et de travail technique à la maison. Pour moi, le chemin vers l’ingénierie a été évident, indépendamment du fait d’être une femme. Ce n’est peut-être pas le parcours le plus courant, mais il s’est imposé naturellement.
Comment définiriez-vous votre rôle dans la performance globale de votre entreprise ?
Mon rôle consiste à coordonner les équipes, anticiper les risques et les changements, redonner le cap, motiver, réajuster les priorités et maintenir l’esprit d’équipe. Je suis leader fonctionnelle, sans pouvoir hiérarchique direct (pas d’impact sur primes, etc.). Ma valeur ajoutée est d’anticiper, remonter les alertes, rééquilibrer les charges, suivre le rythme des grands projets complexes, garantir la qualité du produit dans les délais et au bon coût.
Selon vous, d’où vient l’idée que les femmes seraient moins compétentes en technique et en sciences dans l’industrie ?
Ce sont des idées limitantes véhiculées par la société au sens large, pas uniquement en France. Personnellement, je n’ai pas grandi avec ces barrières : on ne me disait pas que les filles étaient moins capables que les garçons. Aujourd’hui, à l’heure de l’orientation vers 15 ans, l’influence médiatique et sociale semble plus forte, avec ce discours sur les filles et les mathématiques. Je ne sais pas d’où cela vient précisément, mais c’est une construction sociétale.
Avez-vous déjà été confrontée, directement ou indirectement, au préjugé selon lequel la force physique serait un frein pour les femmes dans les métiers industriels ?
J’ai entendu des collègues femmes en parler, notamment à propos de déplacements longs ou en conditions difficiles (ex. sites très éloignés). Certaines entreprises, par volonté de protection, posent des limites. Personnellement, je n’ai pas été confrontée à ce type de situations ni travaillé sur des chantiers physiquement très exigeants. Je pense que le choix doit revenir aux femmes : à elles de décider si la tâche est trop difficile ou non.
Pensez-vous que certaines tâches industrielles sont encore perçues comme “réservées” aux femmes, notamment celles liées à la précision ou au soutien ? Pourquoi ?
Officiellement, non : ce serait interdit et contraire aux principes d’égalité. Informellement, on attend souvent des femmes qu’elles s’occupent du climat d’équipe, de l’accueil des nouveaux, de l’intégration des stagiaires. Ce sont de vrais points forts, mais c’est un travail invisible que les femmes prennent parfois naturellement—sans que ce soit inné pour toutes. À mon sens, aucune tâche ne doit être dédiée aux femmes uniquement.
Comment l’évolution des outils, des process et de l’automatisation transforme-t-elle la place des femmes dans les métiers opérationnels ?
Les technologies et la robotisation réduisent les contraintes physiques, notamment le port de charges lourdes, qui est la principale limite. Avec les machines et les robots, ces barrières tombent, ouvrant l’accès direct aux femmes sur des postes autrefois jugés difficiles.
Que révèle l’expérience de terrain sur la capacité réelle des femmes à occuper des postes opérationnels dans l’industrie ?
On voit de plus en plus de femmes sur les chantiers, y compris dans les communications internes. Cela prouve que c’est possible et élargit l’horizon des opportunités. Dans mon industrie, la tendance s’améliore : il y a plus de possibilités, à nous de les saisir. Et c’est similaire dans d’autres secteurs.
Enfin, petite aparté ! Je suis ravie de participer à Global Industrie et de voir une place dédiée aux femmes : c’est un bel hommage. Il ne faut pas en parler seulement le 8 mars ; au quotidien, beaucoup de femmes font l’industrie. Mettons cela en lumière, pas seulement via des “success stories”, mais par le quotidien réel pour donner envie à d’autres de rejoindre l’industrie. C’est un secteur stimulant où l’on a un impact sur des projets complexes et à forte valeur, qui ont du sens pour l’industrie en France et dans le monde. Les équipes sont souvent mixtes, les talents se complètent et cela permet de réaliser de beaux projets.